Le biais de faux consensus
Ou pourquoi on pense (à tort) que tout le monde est d’accord avec nous"
Imaginez-vous un instant dans la salle de réunion. Vous venez de proposer une nouvelle idée pour améliorer l'organisation des projets. Vous êtes convaincu que tout le monde va adhérer à votre proposition. D'ailleurs, vous vous dites intérieurement : "Franchement, qui ne serait pas d’accord avec ça ?". Et là, surprise, votre collègue Martine lève la main et, avec son air habituel de sceptique, commence à démolir votre plan point par point. Vous êtes sous le choc. Vous pensiez que tout le monde partageait votre avis, mais la réalité vous rattrape brutalement. Félicitations, vous venez de vous faire piéger par le biais de faux consensus !
Le biais de faux consensus, c’est cette tendance qu’a notre cerveau à croire que notre opinion est partagée par la majorité des gens. Pour faire simple, c’est comme si, à chaque fois qu’on pensait quelque chose, notre cerveau nous chuchotait : "Ne t’inquiète pas, les autres pensent pareil que toi". C’est un peu rassurant, certes, mais souvent très éloigné de la réalité. C’est le genre de biais qui nous fait croire que tout le monde aime les mêmes séries, déteste les mêmes habitudes au bureau, ou est d’accord pour dire que les réunions à 8h, c’est un crime contre l’humanité.
Pourquoi notre cerveau se comporte-t-il ainsi ? Parce qu’il adore être dans une zone de confort mentale. Admettre que nos idées ou nos goûts ne sont pas universels, c’est un peu fatigant pour lui. Alors, pour économiser de l’énergie (et accessoirement préserver notre égo), il simplifie les choses en nous faisant croire que nos opinions sont partagées par la majorité. C’est une sorte de paresse cognitive, un peu comme quand on se dit que "tout le monde sait que manger bio, c’est mieux" alors que certains se demandent encore si la différence de goût vaut vraiment le supplément de prix.
Mais le biais de faux consensus va plus loin que ça. Il joue aussi un rôle de protecteur émotionnel. Pour notre cerveau, être en désaccord avec les autres, c’est un peu comme marcher sur une corde raide sans filet : risqué et inconfortable. Alors, il préfère imaginer que tout le monde est d’accord avec nous. C’est son moyen de nous éviter l’angoisse de la confrontation. En d’autres termes, le biais de faux consensus est un peu comme ce pote qui vous dit toujours que vous avez raison, même quand vous pensez que l’ananas sur la pizza est une hérésie.
Ce biais se manifeste aussi dans nos interactions sociales, au bureau, mais pas seulement. Vous savez, ces moments où vous êtes persuadé que tout le monde est d’accord pour dire que la nouvelle politique de l’entreprise est géniale (ou désastreuse). Vous êtes tellement sûr de vous que vous vous lancez dans une grande tirade à la machine à café… et là, silence gêné. On vous regarde comme si vous aviez proposé de remplacer le café par de la tisane. Ce décalage entre ce que vous pensiez et ce que les autres pensent réellement, c’est la claque du biais de faux consensus en pleine figure.
En fait, notre cerveau adore être en terrain connu et, surtout, en terrain validé par les autres. C’est un héritage de nos ancêtres, qui vivaient en tribus. À cette époque, être en phase avec le groupe était une question de survie. Il valait mieux partager les mêmes croyances et les mêmes peurs que la tribu, sous peine de se retrouver seul face aux prédateurs (ou aux autres tribus, pas toujours accueillantes). Aujourd’hui, notre cerveau continue de fonctionner sur ce mode, même si les dangers ont changé. Au lieu de nous protéger des tigres à dents de sabre, il essaie de nous éviter le malaise de se retrouver seul à défendre une opinion impopulaire.
Mais attention, le biais de faux consensus peut aussi avoir des effets secondaires un peu embêtants. Comme quand vous êtes convaincu que votre idée géniale pour le prochain séminaire de l’équipe va faire l’unanimité… alors que, en réalité, la moitié des collègues la trouve trop farfelue. Ou quand vous pensez que "tout le monde" partage votre vision de la gestion de projet, et que vous découvrez un peu tard que ce n’est pas vraiment le cas. C’est là que le choc se produit, et que le cerveau doit se réajuster rapidement, un peu comme quand on se réveille après une grasse matinée et qu’on réalise qu’on a raté le début de la journée.
La solution pour éviter de se faire piéger par le biais de faux consensus ? Il faut apprendre à mettre notre cerveau face à la réalité. Cela passe par le fait de demander plus souvent l’avis des autres, de chercher activement des opinions différentes, même si elles nous dérangent un peu. Parce que oui, notre cerveau adore les raccourcis, mais il peut aussi apprendre à les éviter quand on le pousse un peu. C’est un peu comme apprendre à cuisiner un nouveau plat : c’est inconfortable au début, mais tellement plus enrichissant une fois qu’on a compris la recette.
En fin de compte, le biais de faux consensus, c’est juste notre cerveau qui essaie de nous protéger des désagréments de la différence. Il aime bien se dire qu’on est tous sur la même longueur d’onde, même quand ce n’est pas le cas. Alors, la prochaine fois que vous pensez que tout le monde est d’accord avec vous, rappelez-vous qu’il y a peut-être un Martine quelque part qui n’attend qu’une occasion de vous faire redescendre sur terre.